(sous réserve de modifications)
Permettez-moi, tout d’abord, de vous remercier chaleureusement pour cette invitation à venir m’adresser au Parlement européen. Les représentants élus au suffrage direct constituent un élément important de la démocratie, tant dans l’Union européenne que dans ses États membres. Vous exercez une influence considérable, car vous avez la possibilité de promouvoir efficacement dans votre action de tous les jours les objectifs de l’ensemble de l’Union. La Finlande entend en sa qualité de pays président collaborer étroitement avec le Parlement européen. Cette semaine encore plusieurs ministres de notre gouvernement sont ici, prêts à discuter avec vous.
L’importance de la coopération et de l’intégration européennes pour la promotion de la paix, de la stabilité et du bien-être sur notre continent est manifeste, les résultats sont probants. Nos actions reposent sur un socle de valeurs commun, ces valeurs étant la liberté, la démocratie, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ainsi que l’engagement à l’égard des principes de l’État de droit. Chaque État membre a ses obligations concernant la mise en œuvre de ces valeurs, mais ensemble, nous parvenons souvent à un résultat meilleur. Une Union européenne unanime constituera aussi sur la scène internationale un acteur plus fort que n’importe quel État membre.
Le rôle international de l’Union européenne s’est considérablement renforcé ces dernières années. L’UE est un acteur visible et important, qu’il s’agisse des questions relatives au développement ou de la gestion des crises. Les menaces internationales contre la sécurité sont, de plus en plus, autres que militaires. Le changement climatique, la pollution, les catastrophes naturelles, les maladies contagieuses et l’incertitude économique sont des menaces contre lesquelles il n’est pas possible de se prémunir militairement. C’est pourquoi nous nous efforçons de promouvoir le multilatéralisme et de parvenir à des conventions internationales pour lutter contre les menaces et les dangers communs. La criminalité internationale nous préoccupe tous. La coopération étroite entre les États membres dans la lutte contre le terrorisme est indispensable, de même qu’une coopération efficace avec les pays tiers.
La sécurité au sens large et son renforcement global nécessitent un lien entre les droits de l’Homme, le développement et la sécurité. La stratégie de l’UE en matière de sécurité repose sur ce principe, adopté aux Nations Unies. Par notre propre action, nous pouvons exercer notre influence pour faire en sorte que le monde soit plus juste et pour réaliser les Objectifs du Millénaire des Nations Unies. La force de l’Union réside dans les nombreux moyens à notre disposition, qui incluent aussi bien l’aide humanitaire et la politique des droits de l’Homme que les politiques agricole, commerciale, du développement et de l’environnement.
La politique de développement de l’UE peut être également considérée comme une composante de sa politique de sécurité. L’UE est le premier partenaire des pays en développement dans les domaines de la coopération au développement et du commerce ; c’est aussi le plus grand pourvoyeur d’aide au développement de la planète. Je souhaite et je suis persuadée que les institutions de l’UE parviendront en bonne coopération à une décision sur le financement du développement, afin d’assurer la continuité du financement communautaire et en particulier l’action plurielle de l’UE, y compris à partir du début de 2007.
Il existe un lien entre le développement et le commerce ; ce lien n’est pas toujours ni automatiquement positif, il nécessite une volonté et des compétences politiques. C’est ainsi que le commerce pourra être au service de la croissance économique des pays en développement, de la réduction de la pauvreté et du développement social. Les pays en développement devront quant à eux être prêts à procéder à des réformes nationales, à promouvoir la bonne gouvernance et à éradiquer la corruption. L’accès aux marchés ne suffit pas forcément à lui seul pour parvenir à une mondialisation plus juste ; des mesures spécifiques destinées à soutenir les pays les plus pauvres seront aussi nécessaires pour renforcer leurs capacités. Une séance commune des ministres du commerce et du développement sera organisée en octobre ; son objectif sera de parvenir à un engagement fort de l’UE à l’égard des recommandations de l’Aide au Commerce de l’OMC et de leur rapide mise en oeuvre sur le plan pratique.
Le nouveau Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies, qui a démarré ses activités au mois de juin, est un organe plus durable que son prédécesseur ; il a pour objectif d’intensifier les efforts de l’organisation mondiale dans les questions relatives aux droits de l’Homme. Il n’est pas toujours possible de sauvegarder les droits de l’Homme dans les conflits. Nous devons insister sur le fait que le droit international, y compris humanitaire, doit être respecté en toutes circonstances. Les efforts contre le terrorisme international ont fait apparaître la relation parfois tendue entre les droits de l’Homme et la sécurité. Nous devons rester fermes sur ce point : l’opposition au terrorisme doit se faire dans le respect des droits de l’Homme et des principes de l’État de droit. Je sais qu’il s’agit là d’une question à laquelle le Parlement européen est lui aussi très attaché.
Les questions relatives aux droits de l’Homme constituent un sujet sensible : nous avons accepté leur caractère liant du point de vue juridique et éthique, mais leur application dans la politique sur le plan pratique est une tâche ardue. La politique des droits de l’Homme de l’UE doit cependant reposer sur les mêmes règles partout dans le monde. Heureusement, nous disposons d’excellents partenaires, au premier plan desquels les Nations Unies, bien sûr. En Europe, le Conseil de l’Europe constitue pour nous un partenaire important ; il nous faut exploiter son expertise plus judicieusement. L’adhésion de l’UE à la Convention européenne des Droits de l’Homme reste un objectif essentiel. Le rapport du Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker comprend d’excellentes propositions pour resserrer la coopération entre les deux institutions.
Pour l’Union, l’action visant à prévenir les conflits comme la gestion proprement dite des crises ont pris une importance croissante. Lorsque j’étais ministre des Affaires étrangères de la Finlande et que j’avais lancé avec ma collègue suédoise Lena Hjelm-Wallén une initiative pour développer la capacité de gestion des crises de l’UE, nous n’escomptions pas un développement très rapide. Il en a été autrement : l’initiative a été entérinée par le Traité d’Amsterdam. Aujourd’hui, la pierre angulaire de la politique communautaire en matière de gestion des crises, en rapide évolution, passe par le développement des actions militaire et civile et leur coordination efficace. Une action de vaste envergure constitue le moyen le plus durable pour résoudre les conflits.
L’envoi en République démocratique du Congo de troupes déployées au titre de la gestion des crises de l’UE, en soutien aux Nations Unies, a par exemple déjà prouvé sa nécessité face aux affrontements violents qui ont suivi la publication des résultats du premier tour des élections dans ce pays. Souhaitons que la situation reste stable pour que la campagne électorale et le second tour de scrutin se déroulent de manière paisible et dans le respect de la démocratie. Après les élections, le pays devra rapidement passer à la phase de reconstruction et de développement. L’UE œuvre dès à présent à la modernisation de la sécurité du pays. L’Union européenne s’emploie par ailleurs activement à dénouer la situation difficile au Darfour. L’UE est le plus important soutien à la Mission de maintien de la paix de l’Union africaine au Soudan (AMIS). Les décisions relatives au renforcement de la Mission de maintien de la paix et à son transfert sous l’égide des Nations Unies doivent être exécutées au plus vite. Il ne faut plus laisser perdurer les souffrances humaines dans cette région.
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L’action internationale de l’Union européenne fait l’objet d’attentes sans cesse croissantes. Une Union européenne soudée est un acteur fort – comme la situation au Liban l’a prouvé. L’Union a activement contribué à trouver une solution politique, d’abord sous la forme de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies, puis maintenant dans sa mise en œuvre pleine et entière. Il est toutefois indispensable que les parties prenantes continuent de maintenir leur engagement à l’égard de la mise en œuvre de cette résolution. L’action résolue de l’Union a renforcé la confiance placée en elle en sa qualité de facilitateur de la paix dans la région. L’UE ne pourra pas s’acquitter seule de cette tâche, mais son rôle pourra être déterminant.
Les États membres de l’Union européenne sont en passe d’assume une importante responsabilité dans l’opération élargie de la FINUL, pour conforter le fragile cessez-le-feu et renforcer les efforts visant à instaurer une paix durable dans toute la région. Prise lors du Conseil extraordinaire des Affaires générales réuni le 25 août, la décision d’assumer cette responsabilité a marqué un tournant dans le renforcement de la FINUL. Les pays membres ont été en mesure de prendre des décisions pourtant assez difficiles sur le plan national. Ils se sont engagés à envoyer environ 7000 casques bleus prendre part à l’opération de la FINUL. Le commandement de l’ensemble de l’opération des Nations Unies est européen ; d’abord français, puis italien. Il est important que l’éventail des pays qui enverront des troupes participer à l’opération aille au-delà de l’UE, ce, afin de préserver la confiance des parties dans la mise en œuvre de l’opération.
La situation au Liban forme un tout, ce n’est pas seulement un problème en terme de politique de sécurité, c’est aussi un problème politique, économique et social. Nous devons soutenir le renforcement du gouvernement libanais : l’extension de son pouvoir à tout le territoire libanais et son rôle responsable dans le processus de reconstruction. Afin de remédier à la grave situation humanitaire que connaît le Liban, l’aide totale de la Commission européenne et des États membres s’élève déjà à plus de 300 millions d’euros. La conférence qui a examiné à Stockholm à la fin de la semaine dernière la situation humanitaire au Liban, et aussi dans les régions palestiniennes, a été un franc succès. Le montant de l’aide octroyée et des nouveaux engagements pris est considérable. En plus de l’aide humanitaire immédiate, l’Union aura un rôle significatif à jouer aux chapitres de la reconstruction et de la réparation des dégâts environnementaux.
La paix durable au Proche-Orient implique une solution au conflit entre Israël et les Palestiniens. L’UE a joué un rôle prépondérant pour parvenir à la Feuille de route et elle doit continuer de prendre l’initiative dans la promotion d’un plan de paix global. Tous doivent s’engager sur le modèle de deux États sûrs et viables. La confiance doit aussi être instaurée au niveau de la société civile, pas seulement entre les gouvernements. Je pense que si les femmes sont étroitement associées au processus de paix, les possibilités d’une solution durable augmenteront. J’ai déjà coopéré avec le Fond de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), qui soutient le dialogue entre les Israéliennes et les Palestiniennes. Nous mettrons également en avant ce thème prochainement lors de la semaine de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Mesdames et messieurs les députés, vous serez appelés lors de la séance plénière de demain à débattre extensivement du Proche-Orient. Il est indispensable que l’Union européenne continue d’être résolue dans l’instauration de la stabilité et de la sécurité de tout le Proche-Orient. Cette région fait partie de notre voisinage.
Les représentants de l’UE ont agi en faisant montre d’initiative lors des négociations relatives au programme nucléaire iranien. L’Iran doit respecter la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies et réellement saisir l’occasion d’entreprendre un véritable dialogue. Lors des semaines et des mois à venir, l’UE doit sans relâche poursuivre une action diplomatique active et de grande portée concernant toute la région. Les États-Unis sont à cet égard un partenaire essentiel pour l’UE, sans oublier les autres membres permanents du Conseil de sécurité.
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Les destinées de la Russie et de l’Europe sont imbriquées l’une dans l’autre, depuis des siècles. La Russie est aujourd’hui un partenaire stratégique de l’UE. Les dirigeant russes ont dit et répété que leur choix européen était irréversible. La coopération de grande ampleur, allant du commerce jusqu’aux droits de l’Homme, profite aux deux parties et soutient également l’essor de la démocratie et la stabilité en Russie.
Les questions énergétiques ont été d’actualité ces derniers temps. Il est bon que l’on s’efforce, au sein de l’UE, de dégager une vision commune des questions énergétiques, même si le choix des sources d’énergie reste une question nationale. Il existe cependant de nombreux aspects dans lesquels il est indispensable de coopérer. La politique énergétique et la politique extérieure de l’UE doivent être liées encore plus étroitement l’une à l’autre, de manière à ce que les relations extérieures de l’Union puissent soutenir la sécurité énergétique. À mon avis, il est tout parfaitement possible de parvenir dans ce domaine à une interdépendance positive entre l’Union et la Russie. Le dialogue entre l’UE et la Russie en matière énergétique doit reposer sur la confiance. Nous devons chercher à identifier des intérêts communs.
Nous devons aussi tous nous employer à lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions, en économisant l’énergie, en développant des technologies plus propres et en favorisant l’utilisation des sources d’énergie renouvelables. Les ressources énergétiques actuelles ne sont pas illimitées. L’UE doit quoi qu’il en soit rechercher une coopération de grande ampleur dans le domaine énergétique avec la Russie.
Il existe entre l’UE et la Russie un accord complet de partenariat et de coopération, complété par des feuilles de route dans quatre domaines conjointement décidés. Ces domaines sont : l’économie ; la liberté, le droit et la sécurité ; la sécurité extérieure ainsi que la recherche, l’enseignement et la culture. Ce dernier volet n’est certainement pas le moindre quant à sa portée : les échanges d’étudiants et la découverte de nos cultures respectives constituent par exemple des façons pratiques d’apprendre à mieux nous connaître.
L’accord de partenariat et de coopération entre l’UE et la Russie va s’achever à la fin de l’année prochaine. Notre objectif est de pouvoir convenir avec la Russie, lors du sommet UE-Russie de novembre prochain, du lancement des négociations en vue de réviser les dispositions de l’accord. Je pense également que la réforme de la Dimension septentrionale pour en faire une politique commune de l’UE, de la Russie, de la Norvège et de l’Islande profitera à l’ensemble de l’Union et renforcera davantage encore nos relations avec ces partenaires. La Dimension septentrionale s’attache tout particulièrement à la coopération dans le domaine de l’environnement ainsi qu’aux questions sociales et de santé.
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L’élargissement de l’Union a favorisé la stabilité et la sécurité en Europe ; sur le plan économique, il a également été bénéfique à tous les États membres, aux anciens comme aux nouveaux. Un élargissement réussi renforce également la portée internationale de l’UE. À mon avis, l’Union européenne devra continuer d’être ouverte à tous les États européens satisfaisant aux critères d’adhésion. L’évolution en Europe centrale, en Turquie, en Croatie et dans les Balkans occidentaux indique clairement la force que représente la perspective d’adhérer à l’UE en guise d’incitation aux réformes, même si l’objectif premier des changements est sans doute le désir d’améliorer la vie quotidienne et la sécurité de ses propres citoyens. Les gens apprécient l’adhésion par le biais de leurs expériences au quotidien.
Le Conseil européen de décembre sera l’occasion d’un débat général sur l’élargissement. Nous verrons alors, ensemble, comment faire avancer le processus d’élargissement. En juin, déjà, le Conseil européen a débattu de la capacité d’accueil de l’Union. La conclusion était que les pays candidats ne devaient pas se voir imposer de nouveaux critères d’adhésion, mais que ceux existant devaient être strictement respectés. Il est dans l’intérêt tant de l’UE que de l’État aspirant à l’adhésion que celle-ci n’intervienne que lorsque le pays candidat est en mesure d’assumer les responsabilités qu’implique cette adhésion et de satisfaire aux conditions de cette dernière. Nous devons, pour notre part, honorer les promesses que nous avons faites aux pays candidats et veiller à disposer de la capacité d’accueillir de nouveaux États membres.
Il faut également se souvenir de ce qui ne figure pas parmi les exigences. Nous avons des valeurs communes, mais nous ne sommes pas à la recherche d’une culture unique. La pluralité des cultures constitue au contraire une richesse et un atout de l’Europe. Les différences dans les points de vue politiques sont une composante naturelle de l’Europe. Vous et vos formations politiques représentez un exemple unique d’une coopération s’effectuant dans des groupes de partis en transcendant les frontières nationales. Une Union aux facettes multiples a besoin d’un système parlementaire aux facettes multiples.
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Le Sommet de l’ASEM entre les États membres de l’UE et les pays d’Asie se tient cette semaine en Finlande. L’ASEM est déjà, dans la pratique, constitué pour permettre la coopération entre deux groupes régionaux ; son action avec une Union intégrée a également encouragé les pays asiatiques à resserrer leur coordination dans la préparation des dossiers.
J’avais deux bonnes raisons de venir à Strasbourg : je vais pouvoir me rendre aujourd’hui à la fois ici au Parlement européen et au Conseil de l’Europe. J’espère ainsi pouvoir pour ma part contribuer à une coopération européenne étendue.
Pour conclure, je vous remercie de m’avoir permis de m’adresser à vous et je vous souhaite la meilleure session d’automne qui soit.